BLACK VOLTA (MOUHOUN)

Pour cette série de photographies, j’ai choisi de passer du temps sur l’eau et d’observer la vie des rives du fleuve Mouhoun autrement appelé la Volta Noire.

Ce fleuve prend sa source dans la région éponyme le Mouhoun, c’est l’un des plus grands fleuves du Burkina Faso. Dans cette région, l’eau est vitale et les rivages du fleuve concentrent la vie des populations alentours.

Petit, je l’ai côtoyé en allant faire boire les b’ufs, me baigner et pêcher pendant les vacances auprès de ma famille. C’est sur ses rivages que mon regard s’est affuté et que j’ai commencé à construire mes rêves de voyage. Je me sentais attiré par les reflets et les ombres de la vie foisonnante des pêcheurs, jardiniers, éleveurs, piroguiers, femmes dans leur quotidien. J’ai donc choisi d’explorer le monde imaginaire qui s’écoulait de Dédougou jusqu’à Nako. Au long de la redescente, je découvrais cette eau trouble qui coule et qui déforme les images qu’elle renvoie. Tel Narcisse attiré par l’eau et les reflets, j’ai été fasciné par ces images qui apparaissant et disparaissant tout au long de la journée. Les interprétations multiples s’offrant à mon imaginaire sont autant d’histoires de vies qu’il est possible de fantasmer.

Tout au long de ma dérive fluviale, je sentais que l’eau prenait vie à travers mon appareil et que je pouvais percevoir l’essence de ce qu’elle retenait de nous. Entre sphère privée et monde public, Black Volta (Mouhoun) est cet entre-deux me permettant de m’interroger aussi sur ma relation à l’autre. La rencontre avec les habitants des rives faisait ressurgir en moi des souvenirs d’enfance et révélait le rôle de l’eau comme facteur de cohésion sociale.

Les mouvements de l’eau sont comme la métaphore de ces instants d’agitations urbaines et de réalités insaisissables de notre monde contemporain. Les habitants des rives de ce fleuve, ont une relation particulière avec ces espaces qui représente pour eux la mère nourricière. Grâce à elle, ils vivent, commercent et s’amusent.

Chaque onde est le symbole d’une vie ou d’une réalité dont seul le fleuve pourrait nous révéler les secrets. Il s’agit pour moi de mettre en scène de manière onirique l’importance de ce fleuve dont l’histoire est construite de mythes et qui constitue une part de l’identité du Burkina Faso.

Black Volta (Mouhoun) offre une vision troublante du monde réel. Cette série s’inscrit dans une esthétique que je développe depuis quelques années : le reflet comme intermédiaire. Le sentiment de distanciation que procure cette approche indirecte me rapproche à la fois de l’intimité du sujet tout en incluant l’eau en que tant personnage à part entière.

Adrien Bitibaly